Prière

Mon amant d’une nuit,
Que ta queue soit dure,
Que nos heures soient longues,
Que nos quatre volontés soient faites.
Donne-moi cette nuit des orgasmes multiples,
Éperonne mes flancs
Comme j’éperonnerai les tiens et ceux qui te suivront.
Soumets-moi toujours plus à la tentation,
Délecte-toi de moi.
Recommence.

L’homme de ma vie

Dans le clair obscur de mon salon ta beauté, puissante, flamboie. Agenouillée entre tes jambes, j’embrasse le paysage qui s’offre à moi, de ta queue dressée à tes yeux lumineux, ta toison dans laquelle j’enfouis mon visage pour te respirer à pleins poumons, sous mes mains ton ventre et ses marques aimées que je ne peux m’empêcher de caresser encore. Ma langue s’égare et vient lécher les gouttes laiteuses qui perlent en haut de ton gland, celles que tu étales parfois sur ma chatte avant d’introduire tes doigts en moi.
Je t’enserre de ma bouche. Le désir du jeu est supplanté par un besoin plus viscéral; pas celui d’être remplie mais celui de te donner un plaisir que je sais écrasant, ton cœur qui peine à s’y retrouver dans tous ses battements et tes frissons qui se prolongent.
Ton plaisir monte en ondulations et grondements étouffés et j’accompagne sa progression de tout mon corps. Dans cette position, je peux ancrer mes yeux dans les tiens. Ton regard déborde de mots au delà des mots et mon cœur explose en silence de t’aimer trop.
Lorsque je te suce, il y a un moment où ça bascule – le rythme ne change pas vraiment, ni la sensation de ta queue dans ma bouche, ni ta respiration, je ne sais pas te dire comment je le sais, mais à ce moment là, ta queue glisse toute seule, elle est recouverte entièrement de ma salive et de tes sécrétions. A ce moment là, il y a comme une urgence dans l’air, il n’est plus temps de te relâcher pour aller lécher doucement tes testicules ou promener ma langue le long de ta verge. A ce moment là commence la longue descente en apnée, car le rythme accélère et ma bouche se resserre.
Tu te cambres et tes reins me donnent la cadence, je m’accorde à ce que ton corps réclame, sous mes lèvres et ma langue qui glissent je sens les veines gonflées de ta queue. La sueur goutte à nos fronts et notre corps à corps se resserre, je t’entends je te vois je te sens et le plaisir monte en moi aussi. Tu frémis et te cambres un peu plus, et je sais que mon va et vient sera le dernier avant l’explosion. Mon cerveau ne sait pas gérer l’afflux titanesque de sensations et d’émotions et contemple, effaré, ce qui se joue en cet instant. Tu exploses. Et dans un grand flash de chaleur, je jouis aussi, d’un orgasme mental violent qui laisse mon corps essoufflé et frustré de sensations.
L’homme de ma vie.
Ne te méprends pas, ceci n’a pas valeur d’éternité, je ne sais pas si tu seras l’homme de toute ma vie, de ma vie plus tard, je le rêve parfois mais il m’arrive aussi d’inventer notre rupture et de pleurer tout bas quand tu dors contre moi.
Tu es l’homme de ma vie de maintenant, l’homme que je désire chaque jour. L’homme à qui j’envoie mes doutes et mes peines et qui me console sans mot superflu, l’homme que j’enflamme et qui me le rend bien, celui à qui je peux écrire des mots de putain et de sainte et qui ne fait pas la différence, parce que tout ça c’est moi.

Fragments

1.
Je ne croyais pas me rappeler si bien
La masse sombre des terrils à l’abandon par la fenêtre gauche
Une pluie à 350 km/h sur le pays plat
Des ailes nouvelles ont poussé qui hachent le ciel à grands coups de vent
Au bout de la voie il y a
Le souvenir de lui
Nos deux lits accolés pour n’en faire qu’un
ses rêves trop grands

[2]
À chaque fois que je viens ici, je pense à toi. C’est pas que je vienne souvent, mais quand même, une fois par an, bon an, mal an, deux parfois, au gré des invitations. Je ne sais pas si tu te souviens, on avait pris ce manège en décalé. Nos signes discrets de reconnaissance.
Un peu plus tard, ou plus tôt, dans une allée, la tension palpable entre eux, lui et elle, qui savaient tous deux pour nous mais ne se connaissaient pas.
Alors bien sûr, ce soir tu me manques. Tu me manques, un peu, comme ça de temps en temps, depuis que tu es parti si loin, depuis qu’on se voit une heure deux fois par an. Je n’ai jamais aimé avoir un temps si limité, il m’en faut plus pour être à l’aise.

[3]
Celui-là porte le haut de survêtement qu’il portait parfois, et mon cœur bondit de peur, pourtant il ne m’a jamais frappée dans cette tenue, il m’a toujours battue nue, lui nu aussi, la peau accessible, le ventre fragile, les bras dénudés, la tête enfouie, la peau à meurtrir et à marquer.
Dans ce survêtement, il fermait parfois son visage, sourcils bas yeux virants pupilles dilatées.

[4]
T’as conscience qu’on est bourrés?
J’ai bu je sais pas combien de verres là. Y a un moment, j’ai arrêté de compter, parce que ça tombait plus juste. Genre 12,29. T’as l’air pas trop bien non plus.
Tout ce que nous ferons ne pourra être retenu contre nous et le sera pourtant. Pas au boulot. Jamais au boulot. Je sais bien que les règles sont faites pour être contournées. Seulement, à chaque fois que ça m’est arrivé, ça s’est terminé moyen.
Bien sûr il y a un truc entre nous. Dès le début il y a eu ce truc, entre nous. Si on devait coucher à chaque fois qu’il y a un truc…
Je me connais, ça va se terminer au pieu tout ça, en fait c’est pas toi que je suis en train de raisonner c’est moi. Depuis le temps que je sais que ça marche pas.

[5]
J’ai attendu un instant de plus, avant de sonner. Étonnée, presque, que tu n’entendes pas mon cœur cogner à ta porte.

[6]
Il y a un lapin dans mon lit. Un lapin blanc tout doux, grandes oreilles, yeux en bouton de bottine, pattes et ventre cousus de brun. Sur l’étiquette, il y a imprimé CE et puis “Made In China”. C’est le nom que je lui ai donné. Made in China. Ça va bien avec notre liaison de qualité médiocre, à espérance de vie très limitée. Mais toute douce.

[7]
Croiser cet inconnu dans un couloir de métro, et constater que sa silhouette me rappelle la tienne. Me rendre compte que j’ai envie de te voir, alors que je croyais n’avoir plus envie que de lui.

[8]
Après deux verres, mon ressentiment est tombé. Pas du ressentiment, mais un vague dégoût d’avoir vu des choses en toi que je n’aimais pas, en grattant bien sous la surface. Parce que chez toi, la surface et même la première couche sont sans défauts.
Tu as toujours ta gueule d’ange, ta beauté grecque en nez droit, en cheveux dorés qui bouclent ni trop ni trop peu, en yeux à l’écartement idéal, en corps découplé, grand mais pas immense.
On s’est cherchés longtemps, sans grande conviction. Un jour j’ai arrêté, le jeu ne m’intéressait plus. Ou bien était-ce toi?

[9]
Ils se regardèrent et quelque de chose de pur et de fulgurant passa entre eux dans cet échange, un lien presque solide qui excluait de fait les autres personnes présentes, un lien qui avait même une température, bien plus élevée que le froid extérieur, et une couleur écarlate. Ils absorbèrent chacun en eux la part que l’autre avait placée dans cet échange et l’éclair passa. Il en restait cependant dans l’air une trace rémanente, un tremblement aux reflets cuivrés.

Rétroaction

Au matin, ton épaule découverte sous ma main qui t’explore
Ta pommette brunie du soleil de dimanche
Accroche un rayon qui filtre des volets
Ma mémoire trompeuse ne se rappelait plus
Ce grain de beauté sombre, ce creux
Mon désir se glisse dans ce décalage
Ta beauté se dévoile à mon âme
Ce qui vibre entre nous s’immisce sous ma peau
Se fait chair, s’enfonce profondément
Sternum cerveau cœur et ventre
À l’unisson renvoient et amplifient nos ondes
Éclaboussent la chambre
En quintes polychromes

Plaidoyer pour un porno

À vous qui nous donnez du sexe stéréotypé qui rentre dans des cases comme les queues rentrent dans des trous,
À vous qui croyez qu’il y a un ordre établi,
Qu’un plan à trois veut dire obligatoirement sucer l’un et branler l’autre, prendre dans la chatte en suçant, prendre dans le cul en suçant, sucer encore, faire une double pénétration avec gros plan caméra sur la dilatation maximale du cul, garder un équilibre précaire mais sonorisé dans ce pitoyable ballet désynchronisé, changer de position et passer en levrette pour une double encore, terminer la bouche grande ouverte entre eux deux qui se finissent à la main et visent, assez mal, visage et cheveux,
À vous qui jugez que les scènes de cul ne plaisent aux femmes que si elles sont parsemées de pétales de roses, de bougies allumées et de voilages vaporeux,
À vous qui confondez sexe et avilissement,
Qui pensez que sauvagerie et respect ne peuvent aller de paire, lorsque ça n’a rien à voir,

Comme votre sexe est triste…
Il porte une jouissance partielle et si peu de joie,
Il comble si mal mes envies de chair,

Donnez-nous de vrais acteurs qui nous font vivre leur plaisir plus que leur travail,
Traitez-les comme des êtres humains, ils baiseront mieux,
Habillez leurs queues de latex, ce n’est pas le latex qui gêne notre désir mais vos mises en scènes médiocres,
S’il vous plaît, pensez que les femmes sont avides de la beauté des hommes,
Donnez-nous de beaux corps pour nourrir nos fantasmes, de l’imprévu, du bestial et du tendre,
Si vous ne savez pas faire, inspirez-vous du porno gay dans lequel, souvent, les hommes sont sur un pied d’égalité,
Arrêtez de croire que la jouissance provient de la seule soumission,

Je rêve de scènes différentes, de spontanéité et de jeu
D’acteurs plus libres
Et de désir dans leurs yeux